18 juin 2019

De l’art d’être « social-démocrate-macron-compatible » ou comment faire travailler la poutre dans l’œil de la République !

Par Daniel Goldberg

Ainsi donc, il reste encore des personnalités assez éminentes pour se penser « de gauche » et jouer l’ambiguïté d’un soutien partiel au pouvoir en place. Passons sur celles et ceux qui, avec armes et bagages – et souvent mandats et positions personnelles acquises encore récemment sous les couleurs du Parti socialiste ! – ont choisi de se faire déjà adouber par LREM. Les plus anciens se souviennent de la maxime d’Edgar Faure – « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. » – pour qualifier ces comportements aussi proches d’un nouveau monde que Christophe Colomb des Indes.

Mais, visiblement, dix sénateurs membres du Groupe socialiste et républicain ont considéré que les deux années de présidence d’E. Macron et les perspectives radieuses de la fin du quinquennat valaient bien leur abstention sur le discours de politique générale du Premier ministre. Avec souvent, par le passé, des accents forts sur la gauche, la lutte contre les inégalités, le devenir des classes moyennes et populaires, la tradition socialiste ou sociale-démocrate à défendre, et, j’oubliais presque, le respect absolu de la discipline de parti lors du dernier quinquennat, ceux-là ont préféré jouer la prudence pour l’avenir – le leur ? – plutôt que de rejoindre une position claire face au pouvoir en place.

Car enfin, et pour ne citer que ces quelques exemples, des ordonnances Pénicaud à la suppression de l’ISF, de la remise en cause de la fonction publique au bradage d’ADP et de la Française des jeux, des libertés publiques fragilisées au mano à mano organisé avec l’extrême-droite, il y a donc encore des élus pour qui leur attachement au progrès social et démocratique signifie de s’abstenir sur la conduite du pays, et donc de trouver pour ces valeurs peu ou prou une incarnation dans le pouvoir en place.

Déjà, lors du premier vote de confiance en 2017, l’éventail des positions des parlementaires socialistes ne renforçait, par euphémisme, la cohésion du message. C’était d’autant plus savoureux que certains se définissant comme très proches de F. Hollande ne voyaient aucun problème à faire un clin d’œil à ceux qui arrivaient aux commandes et s’étaient construits dans l’élection contre lui, sa famille politique, son bilan et son exercice du pouvoir.

Il ne s’agit pas ici de recherche inquisitoriale, mais de cohérence et de respect de la parole donnée aux citoyens. Car c’est bien là que la poutre travaille le plus, pour reprendre l’expression en vogue dans les allées du pouvoir.

L’exaspération face aux choix actuels ramène au fait que, depuis longtemps maintenant – sans doute depuis au moins le référendum de 2005 -, mais de manière accélérée ces dernières années, les citoyens se sentent dépossédés de la prise de décision et du pouvoir de peser réellement sur leur destinée et celle du pays. Sans révolution démocratique, organisation du débat politique dans des enceintes au pouvoir réel et participation citoyenne aux processus de décision, la confiance ne reviendra pas.

C’est en cela que la République est fragilisée par ce pouvoir vertical, favorisant les plus aisés et symbole d’une mondialisation « marche ou crève ». Et c’est en cela aussi que s’abstenir aujourd’hui quand l’action menée est libérale en économie et autoritaire pour les libertés publiques est une faute lourde.

Enfin, cette question interroge l’ensemble des citoyens orphelins de la gauche d’hier et les acteurs politiques et sociaux qui cherchent les chemins de nouveaux horizons : soit on considère que l’équilibre actuel est mortifère pour notre conception du progrès humain, social et écologique et le seul objectif, pour tous, doit maintenant être de créer les possibilités d’une alternative crédible d’ici 2022, soit, finalement, l’accommodement est la dominante et il ne faudra alors plus jouer l’étonnement quand les déçus de tout décident de s’abîmer dans le choix de l’extrême-droite.

F. Mitterrand le disait autrement ainsi : « Dans les épreuves décisives, on ne franchit correctement l’obstacle que de face. »

L’obstacle est là, devant nous, assez proche et suffisamment imposant pour avoir par facilité la tentation de renoncer.

Chacun doit maintenant, face à lui-même et son propre parcours, décider ou non d’aider à nous y engager ensemble pour le franchir.

Daniel Goldberg  

 

 

 

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