Etats-Unis : la peur est-elle l’atout décisif de Trump pour sa réélection ?!

Par Cécile Soubelet

De plus en plus critiqué, Trump, candidat à un second mandat, sera-t-il sèchement battu en novembre comme l’annoncent les premiers sondages ? Rien n’est moins sûr, tant l’Amérique est crispée, tendue, sans qu’aucun mouvement social contestataire n’arrive à se structurer et à véritablement peser dans les débats.

Rien n’arrête Donald Trump, officiellement en campagne à sa propre succession depuis cet été, pas même les très nombreux sujets qui divisent désormais l’Amérique. Avec agressivité et maniant mensonges et manipulation, Trump refuse d’admettre la moindre erreur ou contradiction :

les 200 000 personnes décédées du Covid ? La faute de la Chine et tout sera bientôt réglé grâce à un vaccin qui sera distribué aux Américains dès octobre.

Le réchauffement climatique qui entrainent des incendies et des tempêtes tropicales d’une violence et d’une récurrence inédites cette année ? Un pur aléa de circonstances et des projections scientifiques erronées et fantaisistes.

L’exclusion de millions d’Américains au système de santé, notamment dû au chômage de masse ? La faute aux Démocrates et à Obama.

Pourtant, Trump peut compter sur une base électorale stable, celle des ruraux notamment qu’il ne cesse de séduire en rappelant les accords commerciaux obtenus en leur faveur avec les voisins Canadiens et Mexicains notamment. Mais aussi tous les conservateurs effrayés par les scènes de violences urbaines survenues depuis l’été et qui ont engendré le renforcement de milices paramilitaires d’extrême-droite, lourdement armées.

Face à lui, Joe Biden parait bien seul pour s’assurer de renverser la table.

Si le mouvement Black Lives Matter pouvait laisser penser à une prise de conscience des classes populaires et notamment des jeunes afro-américains et latinos menant à une mobilisation sociale d’ampleur, elle n’a été que courte durée pour basculer vers une double tendance : une crise de confiance totale envers un système qui ne cesse de les exclure de tous droits et les marginalise d’une part ; et d’autre part des démonstrations de violences urbaines, tant sur la côte Est que – et c’est à noter – sur la côte Ouest des Etats-Unis mais sans réelle et claire revendication.

Cette situation, dans son ampleur et sa tension sociale, est inédite avec finalement la conjonction de 3 peurs qui traversent toutes les classes sociales : la peur des groupes sociaux « rivaux », la peur que ces autres groupes ne viennent sur leur territoire et s’arrogent des droits, et la peur que l’État n’ait plus la capacité de protéger la population. Et Trump accentue cela en diffusant des fausses vidéos et des rumeurs faisant planer des menaces de désordre et de changements irrémédiables si Biden était élu. Le président sortant s’érige ainsi comme le dernier bastion de la loi et de l’ordre.

Le taux de participation des classes populaires fera l’élection

Alors que la campagne d’incitation à s’inscrire sur les listes électorales bat son plein, et à l’aube du premier débat entre Trump et Biden qui sera organisé le 29 septembre prochain, il apparait clairement que l’élection risque de se jouer sur le taux de participation des classes populaires et notamment latinos et afro-américaines qui avaient tant fait défaut à Hillary Clinton en 2016. Trump menaçant de ne pas reconnaitre sa défaite si Biden était élu, de nombreux analystes craignent le pire, à savoir le chaos et l’insurrection armée. Preuve en est, les ventes d’armes atteignent des records jamais vus, au point qu’est annoncée une pénurie de munitions.

Que pourraient être les remparts à un scénario catastrophe ? Ils sont multiples, parmi lesquels on peut en citer trois.

Il faut d’abord que les réseaux sociaux jouent pleinement leur rôle en terme de modération des contenus publiés, en identifiant et supprimant toutes tentatives de manipulations de la campagne. Et pour cela, ils doivent investir lourdement dans ce contrôle démocratique.

Il faut ensuite que les corps intermédiaires et les élus de proximité jouent pleinement leur rôle de prescription et de contre-pouvoir, à l’image des gouverneurs dans la lutte contre la propagation du covid.

Enfin, il faut que les Démocrates et Biden sachent trouver les mots et s’emparent rapidement de la question démocratique dans les 40 prochains jours pour que son électorat se mobilise et aille voter.

Le monde entier les regarde.

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