Archives de catégorie : Julien Dray

Le cache misère du couvre feu !

Par Julien Dray 

Ce doit être l’époque. On utilise des mots et des expressions qui en rappellent d’autres –époques-. Celles et ceux qui les ont vécues comme celles et ceux qui, attachés à notre histoire s’en sont imprégnés, ressentent un malaise contenu. Il y a là comme une négation, comme un détournement macabre, un amalgame. Autre signe du temps présent.

C’est un choix délibéré, n’en doutons pas. C’est une dramatisation assumée qui a pour but de graver les consciences. Il fallait des coupables pour justifier de cette décision là. Il fallait montrer l’autorité du chef. Cette demande d’autorité existe dans la population quand la situation sanitaire apparaît si confuse, anxiogène. Alors le chef a dit, seul, sans consulter la représentation nationale, sans débat ni au parlement, ni au sénat.

Le ton paternaliste et moraliste du président pendant son intervention télévisée n’efface cependant pas les véritables raisons des décisions d’aujourd’hui.

Notre hôpital, comme notre système de santé, est exsangue. Le manque de lits, le manque de moyens, le manque de personnels. Voilà les vraies raisons qui obligent aujourd’hui à prendre des mesures contraignantes, destructrices de lien et peut-être fatales pour un certain nombre de professions, d’entrepreneurs, de secteurs d’activités.

Personne ne peut nier le fait de devoir agir contre cette pandémie. Personne ne conteste qu’elle reprend de la vigueur et que les semaines à venir seront encore plus difficiles.

Personne non plus ne pourra nier le fait que depuis des années, le monde de la santé, celui qui est au contact des patients, a alerté sur les conséquences que pourrait avoir une crise sanitaire. Personne enfin ne pourra contester que la première vague aurait pu, aurait du, être l’ultime avertissement pour repenser notre protection sanitaire.

Cela a-t-il été fait ? Non. On a continué, comme si de rien n’était à prévoir des suppressions de lits. On a continué à n’appréhender le système de santé que du point de vue comptable. On a fait comme s’il suffisait de courber le dos en attendant que la crise passe. Mais elle n’est pas passée. Elle revient de plus belle.

De cette première vague on peut retenir trois choses : Elle n’a pas servi à en préparer une deuxième, elle a drastiquement renforcé les inégalités sociales et elle a permis au pouvoir une attaque inédite de nos libertés publiques.

La gestion d’abord. Confuse, contradictoire, mensongère. Le pouvoir a donné le sentiment de naviguer sans voir. Il s’est couvert plus qu’il n’a couvert et protégé la population. Les déclarations sans actions se sont succédées…sur la gestion des masques, des tests, des gestes barrières… On a menti sur presque tout avec pour conséquences un doute grandissant dans la population et une méfiance délétère.

Et puis il y a la gestion économique et sociale pendant cette première vague et ses résultats. Alors, certes, l’état Français a tenté d’amortir les conséquences de la pandémie. La mise en place du chômage partiel par exemple a sans doute permis de limiter le nombre de pertes d’emploi. L’état libéral s’est converti pour un temps à une doctrine plus redistributive, abandonnant les sacrosaints critères contraignants de la dette. Mais ce ne sont pas les français dans leur ensemble qui ont au final profité du « pognon de dingue » mis sur la table. Ce ne sont pas pas les français aisés, moyens supérieurs ou même riches. Ce sont les hyper riches, le tout petit pourcentage de ces immenses fortunes qui les ont vu grossir de façon exponentielle. Et de l’autre côté, les plus pauvres le sont encore davantage après la première vague. Les taux de pauvreté et de précarité ont explosé.

A-t-on pris la mesure de cela ? Non. Absolument pas. La réponse, c’est une nouvelle phase d’atteinte à nos libertés publiques et c’est grave. La peur semble anémier notre capacité à réagir.

Accepterons-nous une deuxième fois ce cocktail explosif associant l’enrichissement des plus riches, l’appauvrissement des plus pauvres, la perte de nos libertés publiques, le sacrifice de notre jeunesse, le sacrifice de pans entiers de secteurs, de milliers d’actifs, de la culture ?

La crise sanitaire et sociale révèle non pas les limites mais les méfaits d’un libéralisme qui s’est développé au détriment de nos valeurs en détruisant petit à petit un système que l’on nous a longtemps envié. Il est temps de dénoncer cette dérive. Il est temps de retrouver notre capacité à réagir et au delà, à agir !

On ne peut pas laisser un couvre feu cacher la misère d’une idéologie inégalitaire et aveugle, la misère d’une gestion comptable, la misère de cette incarnation (amorale ?) du pouvoir.

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Changement de paradigme – Edito Lettre n°96

Par Julien Dray 


Où est la Gauche ? Alors que tout démontre aujourd’hui que le libéralisme ne répond plus, loin de là, à la crise que nous traversons et qui, de sanitaire, se transforme en crise sociale, on constate l’absence criante de la Gauche.

La multiplication des appels à l’union, aussi nécessaire soit-elle, ressemble davantage à un appel au secours vain qu’à une conquête idéologique. On sait pourtant d’une addition, dont un plus un ne fait pas deux ; qu’elle ne permettra certainement pas, quelque soient les configurations, de voir la gauche au deuxième tour des présidentielles. Le temps n’est plus au calcul. Chaque composante n’est pas égale à une autre composante.

La méthode empirique prévaut sur toutes les autres. Avant de se rassembler, puisqu’on ne se ressemble pas tout à fait, il faut s’identifier. Ce défaut d’identification rend stérile toute initiative de programme commun.

Comment ne voit-on pas que la période que nous vivons pourrait être une merveilleuse opportunité de refondation conquérante pour la Gauche ? Comment ne parvient-on pas à s’approprier, dans un contexte de basculement international, ce qui apparaît aujourd’hui comme des évidences.

Plus d’état ? moins d’état ? nous disaient les libéraux ? Aujourd’hui cette thèse est battue en brèche ! c’est l’état, c’est plus d’état et surtout des services publics de qualité qui viennent au secours de notre présent. Tous ces personnels que l’on a bafoués, mutilés de leurs moyens, réduit à un coût que l’on a qualifié de « Pognon de dingue », qu’aurait-on fait sans eux les six derniers mois ?

Pas touche au 3%, au sacrosaint critère du libéralisme économique ? Aujourd’hui, par choix du président, on en est à 10% et ce n’est pas fini. Le pouvoir l’a bien compris. On va sortir le carnet de chèque pour tuer dans l’œuf la colère qui monte, qui monte, casser la contestation.

Privatisation de tout y compris du patrimoine…. Voilà ce que les libéraux suivaient comme ligne de conduite. Les nationalisations ? Ah non ! certainement pas disaient-ils ; ce sont encore des dépenses, des impôts et les riches n’en veulent pas. Pourtant aujourd’hui, ne va-t-on pas être contraint à nationaliser des pans entiers de notre industrie ? d’en relocaliser une partie ?

Contraints par la situation, le libéralisme s’efface et adopte des solutions que les sociaux démocrates ont toujours défendues. Et nous restons spectateurs. C’est à nous de l’ancrer dans l’histoire et c’est maintenant !

L’histoire nous tend les bras. La Gauche doit reprendre ses droits. S’approprier les idées empruntées « provisoirement » par la droite, les développer et dire en quoi nous les mettrions en œuvre bien différemment que le pouvoir actuel.

La mutation qui s’opère, nous devons la revendiquer haut et fort ! Un projet social démocrate moderne est mieux à même de répondre à un avenir durable !

Si l’impérieuse nécessité est de se refonder, elle doit l’être d’abord sur les idées !

Répartitions des richesses, mode de production, mode de travail, émancipation et autonomie de la jeunesse, nationalisations, Un état fort, des services publics de qualité, Une république affirmée et laïcité sans complaisance, lutte contre les inégalités, contre la pauvreté…. C’est tout ce qui fait l’ADN du socialisme.

Et nous disons ici : Taxe sur les GAFFAM ; partage de la richesse produite, circuits courts ; sortie du productivisme et s’il le faut nationalisations lorsqu’il y va de l’intérêt général du pays ; Géni industriel en mouvement associé à une grande politique de recherche ; Réduction du temps de travail ; semaine de quatre jours, télétravail ; dotation pour chaque jeune de 18 ans ; révolution éducative, refaire de l’école le lieu central de la république, renforcement des services publics ; 6ième république pour sortir de la paralysie de cet état technocratique, une politique de l’aménagement du territoire qui tienne compte de l’urgence climatique et enfin un combat pour la république laïque, contre tous les radicalismes..

Avant le programme, il faut un projet. Avant le projet il faut des idées. Avant les idées il faut une identité. Léon Blum par son courage, François Mitterrand par son combat idéologique nous ont montré que d’une part il ne faut en rabattre sur rien et que d’autre part il faut convaincre de son identité, de ses idées pour construire un projet de rassemblement.

Alors ? alors au travail ! Le changement de paradigme, ici, à l’Engagé.e, nous l’avons acté et le travail, nous le faisons et nous continuerons à le faire !

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Faire face à l’affaissement démocratique – Edito lettre n°95

Par Julien DrayDaniel Goldberg

Peu à peu, de dérapages politiques plus ou moins contrôlés en polémiques quasi journalières enchaînées sur les plateaux télévisuels et les réseaux sociaux, notre pays sombre dans un no man’s land politique dont personne ne peut prévoir l’issue.

E. Macron n’en est pas seul responsable : la crise politique couvait avant lui et nous avions connu déjà de forts soubresauts, entre le choc du 21 avril 2002 et le « Non » au référendum de 2005, dont n’ont pas tenu compte les dirigeants français dans les faits.

Avec les quinquennats de N. Sarkozy et de F. Hollande, pour des causes différentes et sans les mettre sur le même plan, elle s’est aggravée. Et, en cela, E. Macron a « pris sa chance » en surfant dans sa campagne sur le « rejet du système », comme tout bon populiste qu’il condamne par ailleurs. Il a ainsi affaibli un peu plus et d’un même geste les partis politiques, certes déjà largement désavoués, les élus locaux, les syndicats et les associations, bref tous les corps intermédiaires qui font que la société tient dans son ensemble. Par la suite, sur fond de choix de ruissellement dépassés, il a engagé la confrontation avec les Gilets jaunes, puis sur la réforme des retraites. Il tient là sa part dans cette situation dangereuse.

Alors bien sûr, la droite qui s’est renforcée aux élections municipales, et par là-même au Sénat, les écologistes qui ont réussi une percée, essentiellement dans les centres urbains, et les socialistes qui ont sauvegardé l’essentiel et participé dans de nombreuses villes à des reconquêtes au sein des coalitions de progrès, chacun trouve à se satisfaire des échecs répétés de LREM depuis 2017. Et les Insoumis, persuadés que leur heure viendra, tentent de contenir à leur avantage le bouillonnement social.

Mais, aujourd’hui, aucune de ces forces politiques symbolisant une quelconque alternative à E. Macron ne semble en mesure de l’emporter en 2022, ni même de figurer au second tour. Et aucune de ces victoires locales n’engendre la moindre dynamique nationale.

En ce sens, les élections départementales et régionales du printemps prochain seront plus qu’un galop d’essai. A force de mobiliser dans le désert pour essayer de convaincre les 20 à 30 % du corps électoral qui se déplace encore pour voter, il serait peut-être temps de réfléchir concrètement à écouter et à parler aux 70 % qui, maintenant de manière quasiment militante, se détournent du débat public.

Dis autrement, la gauche et les écologistes ne peuvent gagner et gouverner durablement le pays dans un contexte de défiance démocratique exacerbée. Il nous manquera toujours le souffle pour aller chercher une « vraie » victoire et la force de gouverner dans la durée.

De deux choses l’une : soit cette fracture démocratique intéresse et il faut que les différents acteurs réfléchissent ensemble aux moyens d’y remédier, soit, finalement, chacun s’en satisfait et la juge sans retour, et nous pouvons alors continuer à gérer nos pré-carrés locaux, avec une offre nationale bien loin de la transformation sociale, écologique et citoyenne dont beaucoup se réclament.

L’unité de la gauche et des écologistes est le carburant d’un nouveau projet socialiste


En ce sens, la recherche de l’unité entre la gauche et les écologistes n’est pas qu’une martingale électorale par temps de disette citoyenne. Il ne s’agit pas seulement, même s’il est vrai que c’est déjà beaucoup, de la condition nécessaire pour espérer figurer au second tour des différents scrutins, et donc de peut-être pouvoir l’emporter.

Non, l’unité, sa recherche, sa construction, est le carburant d’un nouveau projet socialiste. D’abord pour dire ce que doivent être les Nouveaux Socialistes, débarrassés de leurs turpitudes d’hier, mais toujours fiers de leur ancrage social au bénéfice des classes populaires et des classes moyennes : un nouveau projet qui réponde au besoin de protection des salariés et des artisans de notre pays.

Cette union doit se traduire dans un contrat de gouvernement qui montre en quoi les différentes sensibilités sont prêtes à s’accorder pour conduire le pays. C’est un moyen pour redonner confiance dans la parole publique en disant concrètement le comment de ce qui se passerait si nous gagnons. Il n’est plus temps d’aligner des propositions si nous ne donnons pas le chemin pour y arriver. C’est la condition d’un dépassement sans effacement du Parti Socialiste, en direction de toutes celles et ceux qui lui ont fait confiance et l’ont quitté.

Nous n’avons pas le temps de construire la gauche de demain. Le temps presse : c’est celle d’aujourd’hui qui nous attend déjà ! La crise sociale, amplifiée par la catastrophe sanitaire, le désordre écologique de la planète, tout nous invite à aller plus vite, pour être au rendez-vous de l’Histoire qui s’écrit devant nous.

P. Eluard écrivait : « Il n’y a pas de hasard. Il n’y a que des rendez-vous. » Celui de la gauche et des écologistes est ici et maintenant.

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Changement d’époque : la gauche à l’heure du COVID – Edito lettre n°94

Par Julien Dray 


Cent milliards. Explosion assumé du déficit public. Critère des trois pourcents oublié.

Tant en France que pratiquement partout en Europe, on semble avoir été contraint de se rendre à une évidence. Sans intervention des états, on va à la catastrophe. Le constat est clair.

Et ce faisant, c’est à une négation du libéralisme à laquelle on assiste. Celui qui devait tout résoudre par la liberté laissée aux premiers de cordée de choisir la longueur de la corde. La valeur de liberté habillée en chacun pour soi, le libre cours à la financiarisation de l’économie, à l’actionnariat comme seul maitre à penser pour tout le monde…tout cela se heurte au réel imposé par la pandémie. Le politique est dans l’obligation de reprendre le pouvoir, de réguler, de décider, de trouver dans l’urgence le rempart à une lame de fond annoncée.

A la crise sanitaire va s’ajouter une crise sociale inédite. Le seul recours, c’est de redonner sens à une démocratie sociale. Démocratie sociale, sociale démocratie. Sans le dire, on adopte donc les bases de ce qu’aucun parti de gouvernement et de gauche avait su ou pu imposer !

Il est donc temps pour la gauche, toute la gauche, de retrouver un peu de bon sens. Nous sommes dans un changement d’époque : une réelle prise de conscience. Il ne s’agit pas d’en être spectateurs !

Autant l’affirmer. Si la sociale démocratie s’est quelque peu perdue dans une économie de marché de moins en moins régulée, elle a, dans ses fondements, les bases pour réinventer l’avenir. C’est à elle, parce qu’il vaut toujours mieux choisir l’original à la copie, de reprendre la main sur les idées quelques soient les sujets.

Si on ne le faisait pas, le naturel revenant inexorablement au galop, le changement de cap idéologique que semble avoir pris le président Macron et qu’il faut évidemment relativiser ne sera somme toute qu’une parenthèse éphémère. On le pressent déjà en détaillant le plan de sauvegarde.

Il apparaît aujourd’hui plus important, voire primordial, d’agir avec, par et pour la population plutôt que de s’opposer de façon systématique et parfois pavlovienne. La gauche a les cartes en main. Elle n’a qu’un ennemi : elle même !

Aucune confiance ne sera accordée à la division. Les Gilets jaunes l’ont dit pour une grande majorité de la population. Ils sont le reflet d’une société perdue, désabusée et en colère. Ce qu’ils dénoncent et que nous n’avons pas assez entendu c’est que l’exclusion sociale ressentie, le déclassement de la tranche dite « moyenne », l’augmentation de la précarité, de la pauvreté vont au delà des réductions que l’on en fait à force de chiffres interprétés.

Il ne s’agit donc plus de calculs, de négociations égotiques, d’hégémonie de tel ou tel parti ou mouvement. Tout cela renforce la méfiance à l’égard du politique. Il se n’agit ni plus ni moins que de construire ensemble ! Ce n’est plus un choix parmi d’autre, c’est la seule voix de l’alternance.

Chacun, cependant, avec son identité propre ! Le parti socialiste aussi et les sociaux démocrates en premier lieu. Le changement d’époque due à la révélation imposée par le ou la COVID 19 rebat les cartes idéologiques et donne raison aux fondements de la sociale démocratie. C’est donc bien aux socialistes de se repenser, de travailler à un projet émancipateur et laïque ; présenter un programme à proposer ensuite dans le pot commun de la gauche.

Il est temps de s’émanciper enfin de cette 5ième république qui concentre les pouvoirs. Il est temps d’organiser un système permettant une plus large participation de la population, une réelle fonction de la représentation nationale. Il est temps de réfléchir à des stratégies industrielles marquant une rupture avec le productivisme, de développer des créneaux technologiques utiles. Il est temps surtout de s’ouvrir à de nouveaux projet conquérant face aux multinationales du numérique. Il est temps de revoir notre organisation du temps de travail. Il est temps de doter les jeunes d’une réelle autonomie de départ. Il est temps de refaire de l’école le creuset de l’égalité par une révolution éducative. Il est temps, et la crise sanitaire l’a imposé comme une évidence, de renforcer les services publics, de valoriser les premiers de corvée. Il est temps d’affirmer le pouvoir du politique face au pouvoir économique, y compris quand il le faut par des nationalisations si décriées par les libéraux. Il est temps de revoir le logiciel qui conduit à sacrifier la grande majorité de la population sur l’hôtel des déficits. Le temps n’est plus à l’hypocrisie mais à l’affirmation de valeurs ! à leur traduction concrète et claire.

L’hégémonie libérale de ces vingt dernières années doit être battue en brèche !

Le temps n’est pas à l’effacement de la pensée socialiste mais à son retour !

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Bienvenus à l’Engagé.e

Par Julien Dray 


Pour un congrès de refondation et de dépassement à gauche !

Nous l’avons dit et redit : la situation de la gauche en France ne permet à aucune formation, à aucun candidat, aussi talentueux soit-il, de parvenir au second tour des prochaines élections présidentielles. Et pourtant la responsabilité de toute la gauche est immense !

L’affaiblissement du parti socialiste, observé depuis des années, a aiguisé des appétits hégémoniques alors même que c’est une des raisons du déclin de ce grand parti. Les divisions s’en sont suivies et la gauche s’est morcelée, enterrant tous les projets de rassemblement.

A la lumière des dernières échéances électorales, on a cru d’abord à une résurgence de la gauche radicale (élections présidentielles), puis à une forte progression du mouvement écologique porté par EELV (Elections européennes et élections municipales). Les premiers ont rapidement connu leur plafond de verre et les seconds ont largement été surestimés au moins pour ce qui concerne les municipales.

On observe par ailleurs des tentatives de rapprochement de certains partis ou mouvements. Jamais ces rapprochements n’envisagent un rassemblement de toute la gauche, sans exclusive. C’est visiblement dans cette stratégie que s’inscrit le premier secrétaire du parti socialiste. Admettant même que l’affaiblissement du PS ne lui permettrait sans doute pas de présenter un candidat aux prochaines élections présidentielles, il se dit prêt, au nom de son parti, à se ranger derrière un autre candidat. On a compris qu’il s’agirait certainement d’un représentant des verts. Pour justifier cette stratégie on nous dit « rien ne nous est du »; c’est vrai. Mais rien ne nous est interdit non plus! On ne perd que les batailles que l’on a pas engagées. Pourquoi donc partir battus?

Nous avons toujours ici défendu l’idée d’un rassemblement large, sans exclusive, qui serait le résultat d’un grand débat, après que chacun se soit remis en question sur ses stratégies passées, tant idéologiques qu’électorales. Nous en sommes encore très loin. Il se put qu’ici ou là, pour une élection locale, la raison l’emportât sur l’envie de tuer son prochain. Chaque fois que ce fut le cas aux dernières élections, ce fut couronné de succès.

Les directions nationales des partis et mouvements de gauche en ont-ils tiré quelques leçons ? il semble bien que non !

Nous sommes donc aujourd’hui dans des perspectives de rapprochements parcellaires qui pour chacun d’entre eux espèrent parvenir au second tour afin d’être soutenus pas les autres.

Nous l’affirmons ici depuis longtemps. Faire croire cela aux français, ce serait les trahir un peu, voire beaucoup. La seule alternative possible pour la gauche c’est d’avoir enfin un vrai débat de reconstruction amenant à un projet commun..

Il serait donc urgent de préparer un grand congrès de refondation et de dépassement. Toute la famille socialiste au sens le plus large y serait conviée : celle orpheline, celle dispersée, celle qui regroupent les anciens adhérents partis ailleurs ou nulle part. Il nous faut ouvrir les portes et les fenêtres, tendre la main à toutes celles et tous ceux qui souhaitent un rassemblement de toute la gauche, un projet de toute la gauche et des écologistes.

L’initiative de Laurent Joffrin semble aller dans ce sens. Or, si elle bénéficie d’une bonne couverture médiatique et de la notoriété de son auteur, elle apparaît encore trop restreinte dans sa cible. Les classes populaires délaissées par la gauche risquent de ne pas s’y retrouver et que dire de la France provinciale. L’objectif d’une refondation ne peut se réduire aux centres villes, c’est la reconstruction d’un front social avec au cœur les classes populaires ; des gilets jaunes aux quartiers délaissés.

Pourtant, si le choix des socialistes que nous sommes est, soit de se ranger derrière un candidat vert, soit d’ouvrir un large débat pour tenter de construire un projet réunissant le plus grand nombre, sans préjuger de l’incarnation et avec la possibilité de défendre chacun ses valeurs, il nous semble que la deuxième est préférable.

Nous avons toujours combattu les à priori, nous avons toujours combattu l’idée qu’il pourrait y avoir deux gauches, nous avons toujours défendu les valeurs propres à la gauche, le social, l’égalité, la démocratie et une écologie ambitieuse mais non punitive. Nous ne préjugerons donc pas des objectifs de Laurent Joffrin.

Notre lettre, diffusée très largement (près de 10000 abonnés), touche toutes les catégories de notre société. Nous portons depuis longtemps des idées que nous pouvons mettre en contributions d’un grand débat. Nous pouvons donc être des partenaires assurant une certaine complémentarité.

Si nous sommes respectés pour ce que nous sommes, nous en serons ! à l’engagé.e nous le sommes d’ailleurs depuis longtemps !

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Europe : L’essentiel est sauvé ?

Par Julien Dray 

La détermination aura eu raison des blocages ? L’Europe est préservée et la mutualisation des moyens de ce plan garantie le « faire ensemble ». L’enveloppe globale est elle aussi, si l’on se réfère aux données brutes, historique. Chacun ira de ses commentaires sur la méthode et les différents objectifs visés. Il y a en effet beaucoup à dire. Cet accord obtenu de justesse montre à quel point l’Europe doit changer profondément et vite !

Mais on ne peut commenter sans au préalable admettre l’importance des moyens mis en jeu.

Pour en arriver là, il a fallu une extraordinaire remise en question de la politique budgétaire de l’Allemagne. Madame Merkel a fait passer clairement l’intérêt européen avant la doctrine libérale de son pays. Fort de ses équilibres elle aurait pu défendre une toute autre position et s’associer, comme elle l’a fait par le passé, aux plus réfractaires de ce plan. La situation de l’Italie a sans doute marqué un tournant dans l’appréhension du pouvoir allemand sur la crise.

Par ailleurs, il est clair que l’axe Franco-Allemand, est une force dont l’Europe ne peut se passer pour la faire avancer ou, au pire, la préserver. Dans le couple, chacun, à ce sommet, a défendu un rôle différent. Emmanuel Macron, reconnaissons-le, a été utile dans l’accomplissement de ce projet. Il a certes aussi usé d’initiatives originales en jouant le chien fou, brandissant la menace et occupant le canal de la communication ; Angela Merkel a elle construit sa défense du projet à l’allemande : calme, puissante et déterminée.

C’est sur cet axe ressoudé –durablement ?- du couple franco-allemand que l’Europe peut et doit se permettre de constituer un noyau dur intègre. C’est à partir de cet axe qu’une harmonisation sociale pourrait être envisagée.

Le premier bénéficiaire de cet accord, c’est donc l’union Européenne.

Et si le mot « Historique » peut être employé tant pour l’énormité de la somme et pour la mutualisation de la dette que pour la durée de cette rencontre, en sera-t-il de même pour la mise en place concrète des plans de relances respectifs dans les 27 pays de l’union ? La question reste entière.

On n’a pas vraiment entendu que l’on placerait l’aspect social comme une priorité. Ce n’est pas encore un mot à la mode comme « climat », « transition écologique » ou encore « entreprise ». Quand aux mots « éducation » et « culture » …

C’est donc dans la répartition effective des fonds et leur destination que l’on pourra juger de ce que l’on veut sauver et comment : l’humain ou le business d’abord, fut-il vert ?

Si l’on en croit les compromis –trop nombreux ?- obtenus par ceux que l’on a appelé « les frugaux », les plans d’austérité devraient accompagnés les plans de relance. Ce n’est pas exactement le tournant que la population Européenne attend ; en particulier dans notre pays.

La France obtiendrait quarante milliards de prêts remboursables. Les italiens cent cinquante milliards… Le fait nouveau du plan de relance, c’est que la dette aussi est mutualisée. Ce n’est donc pas sur quarante milliards qu’il faut calculer la part de la dette française mais sur trois cent soixante milliards de prêt consenti pour l’ensemble du continent. C’est cent dix milliards de plus que ce qui était prévu. Et cent dix milliards de moins de subventions aux pays les plus fragiles. Il fallait un accord qui montrerait l’image d’une Europe généreuse en subvention. Il fallait donc que la part des subventions soit plus importante que celle obtenue par des prêts. Ce fut dur, mais ce fut fait…de peu.

Il reste, derrière les sourires enjoués des bénis de la crèche, un certain nombre de questions dont certaines sont inquiétantes. Mais bon, on a sauvé l’essentiel se disent-ils. Cela suffira-t-il à retrouver la confiance ?

Les « frugaux » étaient en partie constitués de sociaux démocrates et même d’écologistes. Comment cette gauche là peut-elle s’opposer au green deal ?

La gauche Européenne doit retrouver un sens commun très vite.

C’est même à elle de se mobiliser, de retrouver ses fondamentaux et l’intérêt collectif surtout ! de se reconstruire pour redevenir centrale dans le paysage politique européen.

C’est à elle de trouver les moyens de réconcilier les citoyens entre eux, de se réconcilier avec elle-même pour que plus jamais on aborde un sommet en se disant : « ça passe ou ça casse ». Sinon, la prochaine fois pourrait être la dernière !

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