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Bombe à retardement

Par Jacky Benazerah


La pandémie de coronavirus qui frappe actuellement fortement l’ensemble des Etats européens a bouleversé la vie de nombreux français, suite aux mesures sanitaires prises par le gouvernement français, notamment celle de confinement annoncée le 16 mars 2020 par le président de la République.

Ledit confinement, ainsi que les gestes barrières qui doivent être adoptés pour éviter la propagation de ce virus apparaissent difficilement applicables, voire illusoires dans les prisons françaises.

I- La situation des prisons françaises face au covid-19

D’après les données fournies par le Ministère de la Justice, au 1er janvier 2020, le nombre de détenus en France s’élevait à 70.651 personnes, alors que le nombre de places opérationnelles était de 61.080. La densité carcérale globale représentait donc plus de 115% de ses capacités.

Ainsi, le 30 janvier 2020, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la France pour violation de l’article 3 de la convention européenne des droits de l’Homme (qui s’oppose notamment aux traitements dégradants) du fait des mauvaises conditions de détention et de la surpopulation carcérale.

C’est dans ce contexte que l’épidémie de coronavirus a commencé à se répandre dans le monde, et notamment en France.

Du fait de la promiscuité dans les cellules et du manque d’hygiène dû au fonctionnement logistique des prisons, les gestes barrières et les mesures nécessaires qui doivent être prises pour éviter la contagion des détenus, mais aussi du personnel ne peuvent être mis en œuvre. A titre d’exemple, à l’exception des prisons récemment rénovées qui bénéficient de douches dans les cellules, les douches peuvent être prises dans certaines prisons que trois fois par semaine.

Dès le 17 mars 2020, le gouvernement a décidé de suspendre les parloirs famille afin d’éviter tout risque de contamination par des personnes extérieures. Cette mesure ne pourra pas permettre d’éviter les contaminations, puisque les personnels pénitentiaires et médicaux ou même les avocats peuvent être eux-mêmes porteurs du virus. En outre, les détenus, récemment incarcérés ont également pu être contaminés avant leur incarcération. L’arrêt des parloirs a en revanche eu des conséquences délétères, comme en Italie où des mutineries avaient eu lieu, les détenus étant coupés de leurs attaches familiales pour une durée indéterminée. Des mesures, comme la mise à disposition d’un crédit de téléphone par détenu, devraient être mises en place pour tenter de maintenir les liens familiaux.

De plus, à compter du 19 mars 2020, il a été interdit aux familles de déposer des sacs de linge aux personnes incarcérées, ce qui pourrait avoir des conséquences sur l’hygiène des détenus. L’administration pénitentiaire affirmait mettre en place un « dispositif de lavage gratuit », sans précision de date quant à son effectivité pour toutes les personnes incarcérées.

Par ailleurs, avant même la pandémie de coronavirus, le suivi médical des détenus dans les prisons n’était pas efficace en raison, d’une part, de la surpopulation carcérale et, d’autre part, du manque de moyens tant humains que financiers. Pourtant de nombreux détenus souffrent de pathologies, physiques mais aussi psychiatriques, qui nécessitent un suivi médical régulier.

Il est matériellement impossible que l’ensemble des détenus présentant des symptômes du covid-19 puissent être isolés en raison de la surpopulation carcérale et du manque de moyens dénoncés depuis de nombreuses années par les associations dédiées ou syndicats des personnels pénitentiaires.

Dans ces conditions, le nombre de contaminations, tant des détenus que du personnel intervenant en détention, ne pourra que s’accroitre.

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